de MA JIAN

Je serais heureuse que quelques-uns d'entre vous lisent ce livre. Je suis actuellement très attirée par l'Extrème-Orient, et j'y voyage volontiers.... en litterature.
C'est la fin de la vie du Grand Timonier, en 1980, et les écrivains sont toujours persécutés pour leurs écrits "déviationistes".
Sorti de prison pour la troisième fois, Ma Jang s'enfuit de Beijing (Péquin), avec peu d'argent, un faux "sauf-conduit" et part droit devant lui vers l'Ouest, à pied. Là est le désert rouge, mais cette immensité le protège des poursuites éventuelles.
Comme vous le verrez sur la carte, il zig-zague, tantôt à pied, tantôt en car ou en train, pendant deux ans au gré de sa fantaisie et de ses envies, faisant parfois halte quelques temps pour gagner un peu d'argent, avec sa peinture et ses photos....
Nous visitons avec lui quelques hauts-lieux de la Chine ancienne, nous enfonçant dans la campagne profonde.
On en tire une grande leçon d'humanité, d'admiration pour la générosité des paysans, la grande facilité de contact des Chinois.
L'écriture est simple et agréable et soutient ce récit passionnant :
"Peu importe le chemin que tu choisis à travers les nuages, ils conduisent tous au même ciel bleu....Le Taoisme est pour moi le plus intéressant; Il nous enseigne que l'homme fait partie intégrante de la nature et qu'il erst condamné à une vie de changements constants car le ying et le yang sont inséparables , ils se suivent comme la nuit et le jour. Il nous enseigne à ne pas perdre notre temps au combat et à l'avidité mais à nous résigner au sort et à vivre en paix avec le monde"
"Quand je suis entré dans la forêt tropicale, il y flottait une puissante odeur de sève et d'immenses palmiers s'élevaient comme des tours au dessus de moi. Je me faufilais à la manière d'une souris entre les troncs morts et me glissais à travers les murs de feuilles. Mes pieds foulaient rarement le sol. De longues lianes moisies se balançaient en haut de cette voute de verdure qui fait ressembler la jungle à une cathédrale déserte......La forêt primitive est toujours habitée par les tribus Bulang, Lahu et Ake. Au bout d'une heure de marche le chemin a disparu. En avançant à travers les feuilles je finis par trouver un autre chemin, fait de branches brisées. Je la suivis trois heures durant pour arriver enfin dans une clairière au sommet de la montagne....."
Ces deux extraits font ressortirent la diversité de ses rencontres, et sa ténacité et son courage à poursuivre son voyage aventureux.
son périple
par jubelle
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LIVRES
Récit très actuel, qui plonge pourtant ses racines dans l'Inde ancienne et son mode de vie, dépendant de ses coutumes, de ses religions.
Drame de la disparition d'un jeune couple pakistanais de religions différentes, auquels il est interdit de se marier. Ils décident de vivre ensemble mais dont on perd mystérieusement la trace.
Le roman reconstitue petit à petit ce crime, ses motifs profonds, cruels, absurdes et irréfutables, conséquence d'un islam perverti et d'un code de l'honneur incompréhensible pour les anglais, qui semblent à peine exister dans leur propre pays.
L'histoire ne se passe donc pas au Pakistan, mais dans une ville incollue du nord de l'Angleterre. parmi les imigrés. Ils ont recréé dans une sorte de guetto, un morceau de leur pays. ont même "pakistanisé" le nom des rues. Ils.appliquent leurs lois religieuses, leur mode de vie, évoquant avec nostalgie leur pays perdu.
L'écriture est très belle, claire, simple, avec des instants d!une intense poésie :

"...c'est une aube humide de début d'été, une heure émeraude et gris cendré, quand la nature donne le meilleur d'elle-même....
Le parfum des pins sature le tissus aracnéen de l'air. Le monde solide semble s'être dissous, pour ne laisser place qu'à l'éther et à la lumière ......
un univers immatériel, fait de presque rien....les teintes sont longues et lentes à prendre vie en ces aubes d'été."
NADEEM ASLAM, né au pakistan, vit en Angleterre depuis l'âge de 14 ans. Il a obtenu des récompenses pour les deux romans qu'il a écrit.
par jubelle
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LIVRES
Samedi, Fête du livre
Depuis que Lyon a supprimé la sienne, celle de Bron a pris une telle ampleur, qu’il a fallu la déplacer dans l’Hyppodrome de Parilly. Ce qui explique qu’elle soit toujours en Mars, avant que ne reprenne la saison des Courses.
D’ailleurs c’est assez charmant de se promener par là en cours d’année, on peut cotoyer des cavaliers (bombe sur la tête, bottes de cuir, culottes de cheval). Comme leur chemin croise la route, ils ont droit à un pavage spécial et à des feux de circulation, qu’ils actionnent quelques instants avant leur passage, car on imagine mal des chevaux attendant à un feu rouge.
Ce sont les chevaus vapeurs qui patientent, laissant passer les fières
cavalières (ou cavaliers) sur leurs destriers.Dans la grande salle de l’Hyppodrome, les libraires de Lyon ont installés leurs stands. Chacun choisit un thème : littérature française, étrangère, beaux-arts, etc.. et se connaissant tous, vous envoie aimablement à l’un de leurs collègues, s’ils n’ont pas l’auteur ou le genre recherchés.
J'ai fait mon marché comme chaque année, grâce au “Monde des Livres” et un certain feeling. En dix minutes j'avais trouvé quelques gros pavés, j'adore les gros livres. Quand on commence, on sait que “ça” durera longtemps (si le livre est bon !)
Je voulais : "Les détectives sauvages" de Roberto BOLANO, On en parle beaucoup, et la critique que j’en ai lue m’a donné faim.
Mon regard tombe sur “Russel Banks”, son dernier livre :”Américan Darling”, venait de sortir (j’ai déjà tout lu de lui, ces romans ne sont pas gais, c’est l’Amérique profonde, la vraie, celle des petites villes, celle des gens “simples” seulement en apparence (lire “De Beaux Lendemains, on en a tiré un film).
Russel BANKS, s’est donné pour mission d’établir dans le monde entier des lieux d’asile pour les écrivains menacés ou en exil. L’homme et l’oeuvre vont parfaitement ensemble.
Il est aussi passionnant que Paul AUSTER, autre américain de talent, mais j’ai déjà acheté le dernier il y a deux ans.
Depuis quelques années, mes lectures s’orientent vers l’Extrême-orient (vaste sujet), depuis que j’ai acheté en avant-première le livre de GAO Xingian : “La Montagne de l’âme”, longue errance sans but veritable au travers de la Chine.
J’ai donc choisi :.MA Jian ( chinois) "Chemins de poussière rouge" et Haruki MURAKAMI (japonais): "Kafka sur le rivage" , livre parait-il d'une grande subtilité, où Kafka n'est qu'un prétexte.
J’avais dans les bras quatre pavés de 700 à 800 pages. Pire, ce n'est pas moi qui les ai portés.
Le libraire était si étonné de cette fringale d'achats qu'il m'a fait cadeau de trois petits livres.
Après je n'ai plus rien vu d'autres à acheter, au grand soulagement de l'amie qui m'accompagnait. Elle avait eu peur que je dévore tout le stand .
Je suis assez sujette à ce genre d’achats compulsifs, mais là c’était pour la bonne cause, l’amélioration de ma culture et de mes connaissances, , la distraction de mes soirées la possibilité de laisser partir mon imagination, de rêver, rêver à partir d’un mot, d’une phrase, revenir sur un paragraphe particulièrement émouvant ou sage, sur une belle description, en parler à mon amie Claude (elle a déjà deux pièces entièremment consacrées aux livres dans sa maison) échanger avec elle, et discuter une heure dans son magasin sur Ismaïl Kadaré (de lui aussi je suis fan) ou d'autres. D’ailleurs je l’ai croisée dans les allées, toutes à notre passion, nous n’avons pas eu le temps de nous arrêter.
Dans les salles des “Parieurs”, des “Balances”, des" Jockeys", trois auteurs sont reçus présentés par un animateur.Trois interventions différentes, à la même heure, trois fois par jour, pendant trois jours (le chiffre 3 est à l’honneur)
Nous avions choisi le thème du Dépaysement. Les auteurs ont été très brillants, surtout Nicole Lapierre et l’animateur avait une si grande culture ! Nous avons passé là une heure agréable, un peu froide, mais l’âme réchauffée. Après il y a signature des livres présentés.
Si vous avez des enfants à distraire, il y a une tente pour eux, avec conteurs, possibilités de dessiner, de chanter...et de les faire garder.
C’est une organisation parfaitement rodée en vingt ans, que l’on fêtait cette année.
Je vous laisse, j'ai à lire.
par jubelle orchis
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WALTENBERG d’Hédi KADDOUR (Gallimard)
Je vais essayer de vous présenter de façon concise ce pavé de 7OO pages , dont je vous ai déjà donné quelques bonnes feuilles.
C’est à la fois un roman d’amour, d’aventures, d’espionnage, un roman historique, une œuvre à plusieurs voix.
Il débute en 1914, par la rencontre sur le champ de bataille de HANS (allemand, blessé et prisonnier) et MAX (français, cavalier sans cheval). On évoque un troisième personnage LÉNA, (la fascinante Léna) Quelques paragraphes et apparaît LILSTEIN, espion original, bavard, cultivé et son contact “LA TAUPE” dont on ne connaîtra la personnalité que dans les dernièrs pages. C’est normal, il faut du suspens.
Leurs destinées et bien d’autres s’entrecroisent, se rapprochent, s’éloignent ou se perdent au travers de l’Europe et du temps, pour resssurgir plus loin dans l’Histoire et l’espace,, accompagnées de nouveaux, éphémères et singuliers personnages
Mais l’essentiel, est le STYLE,
Laissons parler Hédi Kaddour :
” C’est aussi un autre défi, une gageure. Pour que Waltenberg soit tout ce que vous dites à la fois, j’ai cherché à soigner le déploiement des voix narratives et des voix de personnages. C’est l’essence même du roman - du moins quand on fait le choix de ce que Flaubert appelait l’ « impersonnalité », ou la « mise en voix », quand on veut écrire autre chose que Maman bobo, Papa, où es-tu ? ou Mes baisades au quartier Latin. Être romancier, c’est créer du prisme, de la diffraction, des voix et des rythmes différents, et parfois superposés, toute une assemblée en mouvement.”
Lisez ce livre, sans jamais lacher “le fil d’Ariane”, tous les autres livres vous paraîtront pendant quelques temps insipides et sans originalité...puis sans jamais l’oublier, vous ferez comme moi et mon amie Claude, vous essaierez de convaincre vos connaissances de le lire.
par ju belle orchis
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AU JARDIN DU LUXEMBOURG
"C'est une matinée de Septembre, .....l'automne avant le froid : l'automne des fruits, une palette de brun, vert sombre, orange, rouille, avec des touches de cendre, de bleu lavande.
Ils flânent, remontent vers la sortie nord du jardin en passant par des coins retirés, le bronze de Bacchus sur son âne avec des nymphes qui se tordent autour de lui, le buste de Verlaine, la pluie parfois, le vent qui chasse la pluie, les arbres qui s'égouttent et une lumière émeraude surgit au bord des allées.
Ils vont jusqu'à la lisière du verger, reviennent vers le centre du jardin en passant par le petit théatre de Guignol; à travers le feuillage la lumière forme par endroits des parages de clarté, instables où viennent se réchauffer, mêlés à ceux de la terre, des arômes de marronniers, de platanes, parfois ceux plus mordants et plus doux d'une résine d'épicéa, quand le soleil ranime les odeurs et les tient en suspens à la charnière de l'ombre pour le plaisir aussi du regard - arbres, ombres, arômes et lumières alors ensemble dans un rôle fragile, à la merci du nuage qui viendra resserer le jardin sur un gris sans appel.
"Extrait de Waltenberg de Hedi Kaddour"
Je l'ai lu ce matin, c'est le meilleur moment pour lire à mon avis, le corps est détendu, les draps sont tièdes,et si Petite Rose (ma chatte blanche angora) veut bien se pelotonner sur mes genoux, la lecture est un plaisir inégalé. Et ce texte est "trop" beau (comme disent les en fants) pour ne pas le partager avec vous.
petite rose
par J.Beaudroit
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