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Vendredi 26 octobre 2007 5 26 /10 /Oct /2007 00:01


Comme je le fais parfois, (pas trop souvent pour ne pas gaspiller notre eau devenue si précieuse) ce matin j’ai eu une grande envie de prendre un bain, très chaud.
Je m’y suis plongée avec délices….

Et je me retrouve là d’où je vous observe  (je n’ai pas le droit de vous faire de révélations sur le lieu).

Je vois M. entre-bailler la porte, il me parle, comme je semble dormir, il s’approche et me secoue un peu, je ne bouge pas…et pour cause.
Une hésitation, une interrogation, une contrariété se lisent successivement sur son visage.
Il va chercher le téléphone et fait un numéro. Il se trompe, bien sûr, d’abord le 13, puis le 17, balbutie quelques explications, on le renvoie au 18, il tombe enfin ! chez les pompiers. …
Quelques longues minutes, il hésite, vide la baignoire, mais sans le soutien de l’eau, mon corps s’affaisse, il essaie de me retenir en soupirant « oh ! mon dos ».

La porte s’ouvre, ils sont là ces braves gars de pompiers, ils me sortent de la baignoire et m’étendent sur le tapis de bain. On commence à m’appuyer violemment sur le thorax, en rythme, puis un joli garçon me fait le bouche à bouche…pas mal, et recommence les pressions sur la poitrine (j’aime moins). Le bouche à bouche c’est tout de même ce que je préfère

Le médecin du Samu arrive enfin, m’ausculte, me fait un electrocardiogramme : il est désespéremment plat (ça je le lui auraits bien dit).
« elle est morte…. »
(C’est sûr)

Entre temps les voisines sont arrivées, bien entendu ! alertées par tout ce tintamarre et les gyrophares.
Mme E . se précipite au cou de M.,  Mme R. pleure à gros sanglots, son mari aussi est là.
Ils sont tous à me regarder, toute nue. Heureusement je ne suis pas trop mal faite, je n’ai jamais grossi, j’ai les jambes longues, les hanches étroites, une poitrine petite bien sûr, mais assez ferme.
Bon, quelqu’un va peut-être penser à me couvrir…. On étend ma robe de chambre violette sur moi et on me porte dans ma chambre.
Bye, bye ! Juliette

Le médecin du Samu donne à M. un papier, ça doit être l’attestation de décès. Il le pose…n’importe où …et dans un quart d’heure ne saura plus ce qu’il en a fait ! Et ne pas compter sur moi pour le retrouver.
Entouré de ses pleureuses, il va s’affaler sur « mon » fauteuil et murmure en s’essuyant les yeux, (il pleure vraiment ?)
« et en plus,elle ne savait même pas nager »

Alors là !  je me retourne (avec peut-être un peu trop de violence pour un futur Ange) :
Ah ! Mon Dieu ! non! il ne va pas perdre la tête maintenant  !

Juliette
Par juliette b. - Publié dans : RÉCITS - Communauté : papierlibre
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Mardi 16 octobre 2007 2 16 /10 /Oct /2007 08:44


 
Il était une fois ….

Une Dame, le visage  perplexe, pénètre dans le cabinet de son cardiologue :
 
-      Docteur, je ne sais comment vous expliquer, mais je crois que j’ai un problème au cœur.
 
-      Chère Madame, votre pouls bat calmement, la tension est bonne, l’électrocardiogramme ne révèle rien…
   Que ressentez vous ? De l’Angor ?
 
-       Nooooon …. ce ne sont pas des crises d’angoisse
-      
-       Alors , expliquez-moi ….
 
-       Je ne sais comment vous dire….Mon cœur se sent  en déroute, abandonné…oui, je crois que c’est çà « abandonné »
 
-       …C’est que je ne connais pas de remède pour celà….pour les animaux égarés, il y a la SPA, pour les enfants perdus, il y a la DDASS, mais pour les cœurs abandonnés, je ne sais pas….Non je ne sais pas….
   Mais, dites-moi, souffrez-vous ?
 
-      Pas vraiment ..
   C’est une sensation étrange, comme un souffle
 
-      Un souffle au cœur…mais le vôtre n’est pas très important, vous ne devriez rien ressentir
 
-      Je voulais dire, c’est un souffle froid, un vide, un creux
    En fait j’ai le cœur abandonné…et vide et rien à y mettre.
 
   Mais je vis, vous savez,  je vis assez bien même
   Je n’ai jamais tant souri, tant ri.
   En fait on ne s’aperçoit de rien, personne ne le    sait….mais j’aimerais que cela cesse, je vivrais mieux.
 
La Dame quitte le médecin perplexe, feuilletant fébrilement son Grand Livre des « Maladies connues ».
 
À la porte, Elle rencontre un cœur qui semblait lui aussi en attente. Ils se sourient.
Lui est chaleureux, accueillant, et ils partent ensemble.
Ils furent heureux et eurent beaucoup de petits cœurs ….
 
SOURIRE
('Ne chercher aucune relation entre cette histoire ... drôle et des personnages et des situations de votre connaissance. Ce ne serait que pur hasard.)

 
Par juliette b. - Publié dans : RÉCITS
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Mardi 4 septembre 2007 2 04 /09 /Sep /2007 09:06


234chute-ange.jpg
illustration j.beaudroit
L’initiation était derrière nous et j’avais survécu à la première élimination ; au choc de cette expérience succéda une période d’accablement à laquelle aucun d’entre nous n’échappa.


Mais il fallait très vite se reprendre pour l’épreuve suivante.
Je voulais réussir absolument, mon bonheur et mon avenir en dépendaient.
Il s’ensuivit une période exaltante où chacune de nous avait le secret désir de se surpasser, pour être choisie.
Je parvins à surmonter ma peur du vide, ma claustrophobie, mon agoraphobie, mon désir de fuite.
Les épreuves terminées, enfin je le cru, une seconde élimination eut lieu.
La femme revint, un sourire léger et froid sur les lèvres : « tu as presque réussi et peut-être demain….. »
Le son de sa voix fut doublé par un écho, les mots rebondirent sur les parois d’une grotte mal éclairée et semblaient s’éloigner mystérieusement…

J’aurais voulu me raccrocher à ses paroles, mais elles étaient trop glissantes et je retombai dans des cauchemars ordinaires

juliette b

Ce texte a été écrit sur une proposition de "Ecriture Ludique"
kildar.over-blog.com/


Par juliette b. - Publié dans : RÉCITS
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Jeudi 23 août 2007 4 23 /08 /Août /2007 18:12



Suite et fin


Les frères intimidés consentirent à satisfaire ce dernier vœu et ménagèrent un intervalle de deux briques à la hauteur des seins. Alors la jeune femme murmura :
- Frères chéris, placez vos briques devant ma bouche, car les baisers des morts font peur aux vivants, mais laissez une fente devant mes yeux, afin que je puisse voir si mon lait profite à mon enfant.
Ils firent comme elle l’avait dit et une fente horizontale fut ménagée à la hauteur des yeux.Au crépuscule, à l’heure où sa mère avait coutume de l’allaiter, on apporta l’enfant le long de la route poussiéreuse, bordée d’arbustes bas broutés par les chèvres  et la suppliciée salua le nourrisson par des cris de joie et des bénédictions adressées aux deux frères. Des flots de lait coulèrent de ses seins durs et tièdes et quand l’enfant fait de la même substance que son cœur se fut endormi contre sa poitrine, elle chanta d’une voix qu’amortissait le mur de briques.
 Dès que son nourrisson se fut détaché de son sein , elle ordonna qu’on le ramenât au campement pour dormir, mais toute la nuit la tendre mélopée s’éleva sous les étoiles et cette berceuse chantée à distance suffisait pour l’empêcher de pleurer.
Le lendemain elle ne chantait plus et ce fut d’une voix faible qu’elle demandé comment Vania avait passé la nuit. Le jour qui suivit, elle se tut, mais elle respirait encore, car ses seins habités par son haleine, montaient et redescendaient imperceptiblement dans leur cage.
Quelques jours plus tard son souffle alla rejoindre sa voix, mais ses seins immobiles n’avaient rien perdu de leur douce abondance de sources et l’enfant endormi au creux de sa poitrine entendait encore son cœur..Puis ce cœur, si bien accordé à la vie espaça ses battements. Ses yeux languissants s’éteignirent comme le reflet des étoiles dans une citerne sans eau, et l’on ne vit plus à travers la fente  que deux prunelles vitreuses qui ne regardaient plus le ciel. Ces prunelles à leur tour se liquéfièrent et laissèrent place à deux orbites creuses au fond desquelles on percevaient la mort, mais la jeune poitrine demeurait intacte et pendant deux ans, à l’aurore, à midi et au crépuscule, le jaillissement miraculeux continua jusqu’à ce que l’enfant sevré se détournât de lui-même du sein.Alors seulement la gorge épuisée s’effrita et il n’y eu plus sur le rebord des briques qu’une pincée de cendres blanches. Pendant des siècles les mères attendries  vinrent suivre du doigt le long de la brique roussie les rigoles tracées par le lait merveilleux, puis la tour elle-même disparut et le poids des voûtes cessa de s’appesantir sur ce léger squelette de femme. Enfin les os fragiles eux-mêmes se dispersèrent et il ne reste plus ici qu’un viel homme grillé par cette chaleur d’enfer, qui rabâche au premier venu cette histoire digne d’inspirer aux poètes autant de larmes que celle d’Andromaque.

MARGUERITE YOURCENAR





Par juliette b. - Publié dans : RÉCITS
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Samedi 18 août 2007 6 18 /08 /Août /2007 18:18




juliette beaudroit
(huile sur toile)


Quand les trois hommes l’aperçurent de loin, petite figure encore indistincte, ils coururent à elle, les deux premiers inquiets du bon succès de leur stratagème et le plus jeune priant Dieu. L’aîné ravala un blasphème en découvrant que ce n’était pas sa noiraude et le second remercia le seigneur à haute voix d’avoir épargné sa lavandkère. Mais le cadet s’agenouilla, entourant de ses bras les hanches de la jeune femme ety en gémissant lui demandé pardon. Ensuite, il se traîna aux pieds de ses frères et les supplia d’avoir pitié. Enfin, il se releva et fit briller au soleil l’acier de son couteau. Un coup de marteau sur la nuque le jeta pantelant sur le bord du chemin.
La jeune femme épouvantée avait laissé choir son panier et les victuailles dispersées allèrent ré »jouir les chiens du troupeau. Quand elle comprit de quoi il s’agissait  ellle tendit les mains vers le ciel :
Frères à qui je n’ai jamais manqué, frères par l’anneau des noces et la bénédiction du prêtre, ne me faites pas mourir, mais prévenez plutôt mon père qui est le chef de clan dans les montagnes et il vous procurera mille servantes que vous pourrez sacrifier. Ne me tuez pas, j’aime tant la vie. Ne mettez pas entre mon bien-aimé et moi l’épaisseur de la pierre.
Mais brusquement elle se tu, car elle aperçut que son jeune lari, étendu au bord de la route, ne remuait pas les paupières et que ses cheveux noirs étaient salis de cervelle et de sang.. Alors, elle se laissa, sans cris et sans larmes conduite par les deux frères jusqu’à la niche creusée dans la muraille ronde de la tour : puisqu’elle allait mourir elle-même, elle pouvait s’épargner de pleurer..
Mais au moment où l’on posait les premières briques devant ses pieds chaussés de sandales rouges, elle se souvint de son enfant qui avait l’habitude de mordiller ses souliers comme un jeune chien folâtre.Des larmes cjaudes roulèrent le long de ses joues et vinrent se même au ciment que la truelle égalisait sur la pierre :
- Hélas ! mes petits pieds, dit-elle, vous ne me porterez plus jusqu’au sommet de la colline afin de présenter plus tôt mon corps au regard de mon bien-aimé. Vous ne connaîtrez plus la fraîcheur de l’eau courante : seuls les Anges vouls laveront au matin de la Résurrection.
L’assemblage de briques et de pierres s’éleva jusqu’à ses genoux couverts de son jupon doré. Toute droite au fond de sa niche, elle avait l’ir d’une Marie de bout derrière son autel.
- Adieu, mes chers genoux, dit la jeune femme, vous ne bercerez plus mon enfant ; assise sous le bel arbre du verger qui donne àà la fois  l’aliment et l’ombrage, je ne vous remplirez plus de fruits bons à manger.
Le mur s’éleva un peu plus haut et la jeune femme continua :
-Adieu mes chères petites mains qui pendez le long de mon corps, mains qui ne cuirez plus le repas, mains qui ne tordrez plus la laine, mains qui ne vous nouerez plus autour du bien-aimé. Adieu mes hanches, et toi, mon ventre qui ne connaîtrez plus l’enfantement ni l’amour. Petits enfants que j’aurais pu mettre au monde, petits frères que je n’ai pas eu le temps de donner à mon fils unique, vous me tiendrez compagnie dans cette prison qui me sert de tombe et où je resterez debout, sans sommeil, jusqu’au jour du Jugement Dernier..
Le mur de pierre atteignait sa poitrine. Alors un frisson parcourut le haut du corps de la jeune femme et ses yeux suppliants eurent  un regard  au geste de deux mains tendues.
- Beaux-frères, dit-elle, par égard pour moi,n et pour votre frère mort, songez à mon enfant et ne le laissez pas mourir de faim. Ne murez pas ma poitrine, mes frères, mais que mes deux seins restent accessibles sous ma chemise brodée, et que tous les jours, on m’apporte mon enfant à l’aube, à midi et au crépuscule. Tant qu’il me restera quelques gouttes de vie, elles descendront jusqu’au bout de mes seins pour nourrir l’enfant que j’ai mis au monde, et le jour où je n’aurais plus de lait, il boira mon âme. Consentez, méchants frères et si vous faites ainsi, mon cher mari et moi, nous ne vous adresserons pas de reproches, le jour où nous vous rencontrerons chez Dieu.

……………….
à suivre
Par juliette b. - Publié dans : RÉCITS
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