Mercredi 15 août 2007
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Voici la suite :
Ils rentrèrent au camp, à cette heure du crépuscule où le fantôme de la lumière morte hante encore les champs.. Le second frère regagna sa tente de fort méchante humeur et ordonna rudement à sa femme de l’aider à oter ses bottes. Quand elle fut accroupie devant lui il lui jeta ses chaussures en plein visage et déclara :
»- Voici huit jours que je porte la même chemise et dimanche viendra sans que je puisse me parer de linge blanc< ; <maudite fainéante, demain, dès la pointe du jour, tu iras au lac avec un panier de linge, tu y resteras jusqu’à la nuit entre la brosse et ton battoir . Si tu t »en éloignes de l’épaisseur d’une semelle, tu en mourras. »
Et la jeune femme promit en tremblant de consacrer la journée du lendemain à la lessive..
L’aîné rentra chez lui, bien décider à ne rien dire à sa ménagère dont les baisers l’excédaient et dont il n’appréciait plus la pesante beauté . Mais il avait une faiblesse : il parlait en rêve. L’opulante matrone matrone ambanaise ne dormit pas cette nuit là, car elle se demandair en quoi elle avait pu déplaire à son seigneur. Soudain, elle entendit son mari grommeler en tirant à lui la couverture :
- Cher cœur, cher petit cœur de moi-même, tu seras bientôt veur. Comme onj sera tranquille séparé de la noiraude par les bonnes briques de la tour….
Mais le cadet rentra dans sa tente, pâle et résigné comme un homme qui a rencontré sur la route la Mort elle-même, sa faulx sur l’épaule, s’en allant faire sa moisson. Il embrassa son enfant dans son berceau d’osier, prit tendrement sa jeune femme dans ses b ras et toute la nuit, elle l’entendit pleurer sontre son cœur. Mais la discrète jeune femme ne lui demanda pas la cause de ce grand chagrin, car elle ne voulait pas l’obliger à des confidences et elle n’avait pas besoin de savoir quelles étaient ses peines pour essayer de les consoler.
Le lendemain les trois frères prirent leurs pioches et leurs marteaux et partirent dans la direction de la tour. La femme du second frère prépara son panier de linge et alla s’agenouiller devant la femme du frère aîné :
-Sooeur, dit-elle,chère sœur, c’est mon jour d’apporter à manger aux hommes mais mon mari m’a ordonné sous peine de mort de laver ses chemises de toile blanche, et ma corbeille en est toute pleine.
-Sœur, chère sœur, dit la femme du frère aîné, j’irais de grand cœur porter à manger à nos hommes, mais un démon s’est glissé cette nuit à l’intérieur de l’une de mes dents….Hou, hou, hou, je ne suis bonne qu’à crier de couleur…
Et elle frappa dans ses mains sans cérémonies, pour appeler la femme du cadet :
-Femme de notre frère cadet, chère petite femme du puîné, va-t-en à notre place porter à manger à nos hommes, car la route est longue, nos pieds sont las et nous sommes moins jeunes et moins légères que toi. Va, chère petite et nous remplirons ton panier de bonnes choses pour que nos hommes t’accueillent avec un sourire, Messagère qui leur ôtera leur faim.
Et le panier fut rempli de poisson du lac confits dans le meil et de risains de Corinthe, de riz enveloppé dans des feuilles de vigne, de fromage de brebis et de gâteaux aux amandes salées.
La jeune femme remit tendrement son enfant entre les mains de ses deux belles-sœurs, et s’en alla le long de la route, seule, avec son fardeau sur la tête et on, destin autour du cou, comme une médaille bénite, invisible à tous, sur laquelle Dieu lui-même aurait inscrit à quelle genre de mort elle était destinée et à quelle place dans son ciel…….
à suivre....
Par juliette b.
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Dimanche 12 août 2007
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"Les NOUVELLES ORIENTALES forment un édifice à part dans l'oeuvre de MARGUERITE YOURCENAR, précieux comme une
chapelle dans un vaste palais...." Mathieu Galey
Lorsque j'ai découvert ce petit livre, j'ai été tout de suite séduite par la nouveauté et l'étrangeté presque féerique des mondes qu'il nous
découvre.
Cette nouvelle-ci m'a inspiré un tableau, que je crus impossible de proposer à ma galeriste. Mais quand je lui contais l'histoire, elle fut séduite, et le mis en
montre. Il fut aussitôt acheté par un couple qui à l'époque faisait collection de mes peintures.
J'en fus surprise, heureuse, mais aussi un peu déçue, car tous mes tableaux me sont chers, et je ne m'en sépare jamais sans un petit pincement au
coeur
Juliette Beaudroi
Ils étaient trois frères et ils travaillaient à construire une tour, d’où ils puissent
guetter les pillards turcs. Ils s’étaient eux-mêmes à l’ouvrage, soit que la main d’œuvre fut rare, ou chère, ou qu’en bons paysans, ils ne se fiassent qu’à leurs propres bras, et leurs femmes
venaient tour à tour leur apporter à manger. Mais chaque fois qu’ils réussissaient à mener assez bien leur travail pour placer un bouquet d’herbes sur la toiture, les vents de la nuit et les
sorcières de la montagne renversaient leur tour comme Dieu fit crouler Babel.
Il y a bien des raisons pour qu’une tout ne se tienne pas debout, et l’on peur inculper la maladresse des ouvriers, le mauvais vouloir du terrain, ou
l’insuffisance du siment qui lie les pierres. Mais les pausans serbes, albanais ou bulgares ne reconnaissent à ce désastre qu’une seule cause : ils savent qu’un édifice s’effondre, si l’on n’a pas
pris soin d’enfermer dans son soubassement un homme ou une femme dont le squelette soutiendra jusqu’au jour du Jugement Dernier cette pesa,te chair de pierres..
Les trois frères commençaient à se regarder avec méfiance et prenaient soin de ne pas projeter leur ombre sur le mur inachevé, car on peur, faute de mieux,
enfermer dans une bâtisse en construction, ce noir prolongement de l’homme qui est peut-être son âme, et celui dont l’ombre est ainsi prisonnière meurt comme un malheureux atteint d’un chagrin
d’amour.
Le soir, donc, chacun des trois frères s’asseyait donc le plus loin possible du feu, de peur que quelqu’un ne s’approche silencieusement par derrière, ne
jette un sac de toile sur son ombre et ne l’emporte à demi étranglée, comme un pigeon noir..
Leur ardeur au travail mollissait et l’angoisse et non plus la fatigue, baignit de sueur leurs fronts bruns.
Un jour enfin, l’aîné des frères réunit autour de lui ses cadets et leur dit :
-Petits frères, frères par le sang, le lait et le baptème, si notre tour reste inachevée, les Turcs se glisseront de nouveau sur les berges de ce las,
dissimulés derière des roseaux. Ils violeront nos filles de ferme, ils brûleront dans nos chants la promesse du pain futur, ils crucifieront nos paysans aux épouvantails dressés dans nos
vergers et qui se transformeront ainsi en appâts pour corbeaux.
Mes petits frères, nous avons besoin les uns des autres ; et il n’est pas question pour le trèfle de sacrifier une de ses trois feuilles.
Mais nous avons chacun une femme jeune et vigoureuse, dont les épaules et la belle nuque sont habituées à porter des fardeaux. Ne décidons rien, mes
frères, laissons le choix au hasard, cet homme de paille de Dieu.
Demain à l’aube, nous saisirons pour emmurer dans les fondations de la tour, celle de nos femmes qui viendra ce jour-là nous porter à
manger.
Je ne vous demande qu’un silence d’une nuit, ô mes puinés, et n’embrassons pas avec trop de larmes et de soupirs celle qui, après tout, a deux chances sur
trois de respirer encore au soleil couchant.
Il lui était facile de parler ainsi, car il détestait en secret sa jeune femme, et voulait s’en débarrasser pour prendre à sa place une belle fille grecque
qui avait les cheveux roux. Le second frères n’éleva pas d’objection, car il comptait bien prévenir sa femme dès son retour, et le seul qui protesta fut le cadet, car il avait l’habitude de tenir
ses serments.
Attendri par la magnanimité de ses aînés, qui renonçaient en faveur de l’œuvre commune à ce qu’ils avaient de plus cher au monde, il finit par se laisser
convaincre et promit de se taire toute la nuit.
à suivre....
…….
Par juliette b.
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Mardi 3 avril 2007
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15:32
Moi, Léonne,
je monte l'escalier pompeux, gigantesque, impérial, monumental, je monte léonine Léonne, l'escalier à petites marches rapides, Léonne au pied cambré, tête haute, fière,
tête de lionne.
Moi Léonne, féline Léonne, je n'aime pas cet escalier si beau, si
monumental soit-il, du Musée St Pierre, de tous les musées et tous les escaliers de tous les
immeubles
Féline Léonne à la démarche souple, démarche qui danse n'aime pas descendre les escaliers, glisse, s'accroche d'une main
nerveuse à la rampe napoléonienne, mais monte ou descend indifférente et fière ces escaliers traîtres dont les marches semblent se déplacer et sont autant de pièges pour la distraite
Léonne.
Elle monte pour l'instant, Léonne, cet escalier traitre et impérial à la recherche de son improbable amant, invisible et
volatil........
(à suivre chez ORCHIS-MAUVE)
(voir l'adresse ici, au-dessus)
Par jubelle
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Vendredi 1 septembre 2006
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17:29
Ce récit m'a été confié par Alice, je le trouve très beau....
C’ÉTAIT UN AMI .............
Dimanche Alice lui parle au téléphone. Elle dit tendrement des choses simples et parle de sa visite du lendemain. Il murmure, à peine prononcé, à peine audible “ça me fera plaisir”.
Il ne parle presque plus, se limite à de rares gestes. Il y a quelques jours, ils étaient seuls dans la chambre de la clinique. A sa façon réservée, elle lui a parlé avec affection
Il avait les yeux fermés. Elle a posé sa main sur les siennes, glacées et si maigres. Lentement, sans lui répondre, il l’a élévée jusqu’à ses lèvres, pour un baiser silencieux....
Lundi, elle est de retour auprès de lui. Elle est mal, elle a chaud, froid, mais elle voudrait entendre encore sa voix, croiser peut-être son regard incertain, le voir..
Il a une visiteuse. Ils ne pourront rien se dire. Alice parle un peu, mais elle le sent c’est inutile. Elle s’est assise tout près de lui, Ainsi passeront les mots imprononcés, les phrases silencieuses. Il ferme les yeux..
La visiteuse s’éloigne “Mon ami, murmure-t-elle, je suis là, c’est Alice” Il ouvre les yeux, tourne un peu la tête, il voit mal, semble épuisé. Il est déjà trop loin.
Elle vient plusieurs fois chaque semaine, depuis trois mois, s’assied à l’extrémité du lit, pas trop près, pas trop loin, essayant de faire passer sa tendresse. Ils parlent peu. Autrefois, c’était lui qui animait leurs conversations, et elle l’écoutait.
Il y a deux semaines, un après-midi, unis dans un silence, ils écoutaient leurs pensées. Il était assis devant la fenêtre. Sans la regarder, il a dit “Alice, ce fut un grand Amour”. Émue, elle lui sourit “mon ami, C’EST un grand amour” Il a hésité “oui, c’est un grand amour” avec une moue amère de tout laisser, elle et la vie..
Toute la nuit, elle a toussé, s’est réveillée, rendormie, allant et venant dans la maison, absorbant un peu au hasard, cachets et sirop, antigrippe et somnifère. Mais peut-elle être bien quand il quitte si difficilement la vie ?
Elle téléphone le lendemain “il dort, il est sous oxygène”. Elle se sent trop malade pour sortir. Toute la journée ses pensées sont auprès de lui. Elle mène avec lui, ce grand vivant, son dernier combat.
Mercredi, elle se réveille épuisée, elle pourrait téléphoner, mais son instinct la pousse à traverser la ville, pour le voir encore une fois, être avec lui en silence dans la même pièce.
La porte de la chambre est fermée, c’est la première fois depuis des mois. Alice hésite, frappe doucement et entr’ouvre.
Le lit est vide, matelas replié. Elle referme et se retourne désemparée. L’infirmière qui l’a vue venir si souvent vient vers elle, avec un visage de compassion “il est mort ce matin, à sept heures”.
Alice se replie un peu, serre ses bras autour de son corps, tente un sourire. Ses larmes tremblent..
“Mon ami, ma pensée ne vous quittera plus jamais, ne me laissez pas !”
Leur dernier concert en juin, c’était Malher, leur compositeur. Déjà très fatigué, il s’affaissait sur Alice, elle tentait de le relever, il s’excusait, ne se plaignait pas.
Ils sont partis heureux de ce bonheur partagé, il l’a remerciée longuement d’être là....
Ce soir, à la télévision, un essai musical sur Malher, présenté par Bernstein : Thème de la marche funèbre de la Première Symphonie, suivi de “Résurrection”. Le musique est presque inaudible, étrangement lointaine, D’où cela vient-il ? D’elle peut-être ? Alice voudrait déchirer ces sons cotonneux. Enfin l’Abschied du “Chant de la Terre” comme une plainte inconsolable : La solitude humaine, la nostalgie, la mort. “Ewig”...”Ewig”, la voix réapparait enfin pour dire et redire “Eternellement”, “Eternellement”...
“L’Adieu de l’Ami”

Par jubelle
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Lundi 19 décembre 2005
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J'ai depuis peu, dans la maison, un oranger que je couve comme un enfant. Je prends son pouls chaque matin (je tâte l'humidité de sa terre), je le caresse du regard, je lui parle (comme à toute mes plantes)
Il est arrivé dans la famille avec déjà de jolies oranges, plutôt petites. On m'avait dit qu'elles étaient peut-être "bonnes à manger"....
L'une d'elle étant mûre; je l'ai épluchée, et j'ai goûté une tranche, cela avait un goût bizarre, un peu celui de l'orange, un peu amèr et vraiment "pas bon". Je ne l'ai pas aval&.
Un peu penaude j'ai avoué à Marcel, que je ne me sentais pas vraiment bien .On a réfléchi "'était-ce la peine d'appeler le centre anti-poison ?", on en a conclu que Non.
Ce matin, j'étais encore en vie
Par J.Beaudroit
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