
30 Septembre 2007
Je me réveille avec déjà en tête, comme si cette pensée ne m’avait pas quittée pendant la nuit, le tableau en cours. Je dois le terminer aujourd’hui, absolument. Je me le suis promis.
C’est ce que j’appelle une « Fresque » (sans rapport avec le travail « à la fresque »)
Je sais déjà son titre, il est venu en peignant :
LES ESPÉRANTES
Mon modèle est en moi, je le répète depuis si longtemps….
C’est un visage disparu, mais toujours présent, et suivant les jours il s’éloigne, ou se laisse facilement apprivoiser par le pinceau et devient : Elle.
C’est une suite de visages de face, de profil, de dos. Elles sont brunes ou plus blondes, cheveux très courts, mi longs ou nattés. Elles sont identiques mais différentes (c’est peut-être absurde, mais je les sens ainsi).
A un certain, moment j’ai suspendu mon geste, …. C’est bien ainsi, je n’irai pas plus loin.
J’ai peint un fond sombre… puis je l’ai recouvert de papier transparent, en le froissant un peu.
Aujourd’hui, le tableau doit arriver à sa conclusion, être enfin lui, tel que je l’ai senti depuis le début.
Les parties non peintes seront enduites. C’est la technique de la « Cire chaude », connue depuis les égyptiens. Nous sommes peu, je crois à la pratiquer encore.
Le liquide est brûlant et je le travaille avec un pinceau, rapidement, avant qu’il refroidisse, créant des reliefs, des plissures, des éclaboussures.
Bien gérer mon geste, pas de mouvement nerveux qui tacherait un visage.
Se contrôler, être dans le tableau, entièrement sans pensée autre qu’ ELLE….ELLES, étrangères et semblables, silencieuses et appelantes, uniques et multiples, lointaines, si lointaines, désespérément ….
C’est terminé, la fièvre retombe. Je me recule, …. Oui… peut-être…une petite retouche ici, bien se contrôler, toujours.
Être sage, attendre cet après-midi, le verdict tombera de mon regard, de ma pensée, de ma mémoire, de mon besoin :
« LA peindre une fois encore, une fois de plus ».
J’appose ma signature sous forme de mes initiales.
Je le retourne et écrit son titre, sa date, mon nom.
J’éprouve une certaine jouissance en cet instant, comme un devoir accompli….. jusqu’au prochain tableau, qui commence déjà à se lever en moi… toujours une femme au regard appelant et…. Je ne sais pas encore.
Je vais jusqu’à ma réserve de châssis, j’en choisi deux, celui-ci ou celui-là, le plus grand ? Oui, non.
L’hésitation commence, un peu de fièvre, déjà une crainte de ne pas avoir »l’Idée »…. Je descends de l’atelier, le regard un peu ailleurs, tourné vers les jours, les semaines suivantes, faisant défiler dans ma tête tous les projets qui m’ont traversé l’esprit.
« Arrête-toi là, ne pense plus, oublie la peinture jusqu’à demain. ».
Je cherche un dérivatif auprès de mes orchidées. Une à une, elles commencent leur floraison, des tiges portant un petit bouton commencent à poindre. Je les caresse légèrement, chacune aura son mot gentil, même celle qui n’offre encore aucun signe. Je l’encourage, la console d’être en retard .
J’ai photographié le tableau pendant que la lumière était encore bonne.
Avant de me coucher, je remonte le voir, avec la crainte de la déception, je l’amène à la lumière d’un projecteur, je sais que s’il soutient ma critique dans cet éclairage, je pourrai dormir tranquille. Sinon, ce sera le désespoir… comme je le dis en plaisantant « la terre s’arrêtera de tourner »…
Juliette Beaudroit
Copyright © juliette beaudroit
par juliette b.
publié dans :
ETRE PEINTRE
