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Jeudi 12 mars 2009 4 12 /03 /Mars /2009 01:38




Le chagrin du deuil, en fin de compte, est un état qu’aucun de nous ne connaît avant de l’avoir atteint.
Nous envisageons, nous savons) qu’un de nos proches pourrait mourir, mais nous ne voyons pas au delà de ses quelques jours ou semaines qui suivent immédiatement cette mort imaginée. Même de ces quelques jours ou semaines, nous nous faisons une idée erronée. Nous nous attendons peut-être si la mort est soudaine, à ressentir un choc. Nous ne nous attendons pas à ce que ce choc oblitère tout, disloque le corps comme l’esprit.Nous nous attendons peut-être à être prostrés, inconsolables, fous de chagin. Nous ne nous attendons pas à être littéralement fous, à être la cliente pas difficile qui croit que son mari va bientôt revenir et avoir besoin de ses chaussures. Dans la version du deuil que nous imaginons, le principe sera celui de la « guérison .
C’est un mouvement vers l’avant qui prévaudra. Ce sont les premiers jours qui seront les pires.  Nous imaginons que le moment le plus éprouvant sera l‘enterrement, après quoi interviendra une hypothétique guérison. Quant nous songeons à l’enterrement  nous craignons de ne pas « y arriver », être à la hauteur, faire preuve de cette « force » qui entend-on dire invariablement est la réaction appropriée face à la mort. Nous nous attendons à devoir rassembler notre courage pour ce moment : serai-je capable de saluer les gens, serai-je capable de quitter la scène, serai-je même capable de m’habiller ce jour-là ?
Nous n’avons aucun moyen de savoir que ces questions  ne se poseront pas ; que les funérailles en elles-mêmes seront un événement anodin, une sorte de régression narcotique que nous traversons  enveloppés dans l’attention prodiguée par les autres, dans la gravité et le sens de l’instant.
Pas plus que nous ne pouvons avoir conscience à l’avance (et c’est là que réside la différence essentielle entre le deuil tel que nous l’imaginons et le deuil tel qu’il est vraiment) de l’absence infinie qui s’ensuit, le vide, l’exact opposé du sens, la succession interminable de ces moments où nous serons confrontés au contraire même du sens, à l’absurdité.



Joan Didion
« L’année de la pensée magique »
Grasset



Par juliette b. - Publié dans : LIVRES - Communauté : Les beaux mots
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