"Ce matin, comme tous les matins, je prends mon journal habituel « Le Monde », je le déplie et je découvre alors avec surprise que mon portrait se trouve en première page .
Où ont-ils trouvé cette photo, j’y suis plus jeune, avec mes longs cheveux.
En titre, mon nom de peintre, suivi de ce commentaire « La veuve consolable »……
Est-ce possible ? Je ne me souviens de rien !
Effectivement, Il n’est pas à la maison.. s’il était mort je le saurais, mais puisque « Le Monde » écrit en première page que je suis veuve…..
Et il n’y a qu’une Juliette Beaudroit, et c’est bien mon visage….. Cela ce serait-il produit autrefois, quand nous étions plus jeunes, mais depuis nous avons eu d’autres enfants…..Ce journal si sérieux n’a pas pu faire une blague aussi énorme, je vérifie la date, ce n’est même pas le 1er Avril !
Bon, d’accord, on ne s’entend pas toujours très bien, comme beaucoup de couples, mais je ne l’ai pas fait passer de vie à trépas même si parfois…… j'y pense.
Je pose le journal vivement et je me lève….
Ah ! je dormais, et il est là à mes côtés. C’était un rêve, pas vraiment désagréable après tout……
juliette
Pour les « Croqueurs de mots »
Comme il paraît bien rangé et sage mon sac violet, tout semble y être parfaitement organisé…..
Oui, la monnaie est dans son gousset….
Les billets dans le portefeuille mais ne sentez vous pas ces effluves de nostalgies, ces images du passé là et là… Quel est ce visage long, fermé aux yeux baissés, comme absent . S’il me regardait, il aurait un regard triste, avec me semblait-t-il toujours des reproches, des appels, Et chaque fois que je le vois, je me souviens…. Les scènes douloureuses, les pleurs, des baisers jamais, des sourires rares.
Pourquoi est-il là?
Parce que je ne peux le quitter.
Et il y a caché derrière, des feuilles pliées couvertes d’étranges petits dessins ; compréhensibles pour moi seule, que
je regarde parfois, il font toujours un peu mal…. Je me suis aperçue que le temps les efface. Non ! n’emportez pas mon souvenir…
(maman j'ai perdu la tête)
Mais quel est cet autre visage en face, rose et gai, sourire malicieux, regard pétillant. Celui qui console peut-être….
Évidemment il y a dans la poche du centre les « papiers » indispensables, et la carte de visite que j'ai créée
Bien caché derrière une fermeture éclair un petit fouillis révélateur pour celles qui questionnen.
Ces petites graines blanches et rondes pour un cœur défaillant, et dans cette adorable boite en quart de lune, décorée à l’ancienne ; années 30, quelques pastilles pour arrêter la toux intempestive des soirs de concert.
Un crayon et un carnet sans rendez-vous, un couteau !!! bien que ce soit un opinel, juste pour un petit repas pris « sur le pouce » avec des amis.
Des clés bien sûr, des lunettes contre le soleil, et la vue défaillante.
Tout cela retourne se cacher dans les poches multiples, toutes bien closes contre la curiosité, par une sage fermeture, dite éclair.
Juliette
pour "les croqueurs de mots"
Nous étions las tous deux mais heureux de notre dure ascension. Devant le paysage grandiose qui s’étendait à nos pieds, nous nous sommes longuement embrassés, je devrais dire baisés, le mot est plus juste.
Car ensuite tu m’a prise dans tes bras ,tu as glissé tes mains sous mon pull-over, j’ai frémis et j’ai murmuré, « non pas ici.... Laisssons un souvenir plus noble. »
Et nous avons joué à celui qui trouverait la pierre bien plate et suffisamment large pour faire la base de notre « monument » à la gloire de la beauté.
Il fallait une dalle belle et large, même trois, nous les avons portées tous les deux, et puis ce fut une gageure, il nous en fallait encore et encore.
Tu les déposais devant moi, j’entassais, je rangeais avec ferveur, et notre Kairn grandissait, nous le voulions très haut, enfin tu m’a assise sur tes épaules et j’ai installé pierre à pierre, notre hommage à la montagne.
La dernière est tombée deux fois, tu criais « nous ne partirons pas tant que ce ne sera pas termine !!! »
Enfin, il est là notre beau Kairn…. Enlacés, nous l’avons baptisé avec du thé « Non ! ne brise pas mon thermo violet !« ,
Et nous sommes descendus en courant et en riant jusqu‘au refuge, où j’ai accepté tes caresses tant désirées…..
Mé Léonie, notre arrière grand-mère maternelle, était une vieille dame, très alerte. Elle faisait tout dans la maison et le jardin
Et elle nous gâtait,
Ce que nous réclamions souvent, pendant nos vacances d’été, c’était des petits pains.
Pour ma sœur c’était un petit pain au lait, pour moi un petit pain de seigle aux raisins.
Elle ne disait pas toujours oui, peut-être pour ne pas trop nous gâter, mais elle cèdait vite.
Alors nous traversions la Grand Place en courant devant elle, derrière elle, sautant, nous pendant à ses bras.
« Allons ties-toi* tranquille ! (ce n’est pas une faute de frappe, elle disait ties-toi et pas tiens-toi)
La boulangerie était à l’angle de la place à l’opposé de la maison du Grand-père Ernest. Il fallait parfois attendre un peu derrière une cliente…
Mais le régal était toujours le même.
La croûte craquante, la mie molle et un peu amère et sucrée, et « les raisins » ! Merveille des merveilles ces raisins !! sucrés et tendres, le goût fondant sous la langue….
Sur le chemin du retour, je prenais la main de Mé en sautant de plaisir.
Arrivées à la maison, je me précipitais sur ses joues ridées et si douces,je m’asseyais sur un petit tabouret à ses pieds et caressais ses bras maigres et ridés, « que tu es belle Mé, que tu es belle ! »
Et c’était vrai, malgré ses rides : avec son petit nez retroussé, son joli visage rond, ses cheveux tirés en chignon, et sa robe noire à petites fleurs, qui lui tombait jusqu’aux pieds.
Elle protestait bien sûr « Mais non, je ne suis qu’une peute vieille «
Et j’ai toujours autant de plaisir à manger un petit pain aux raisins, quand j’a la chance d’en trouver
*
En patois
» ties » pour tiens
« peute » veut dire laide
(pour PAPIER LIBRE)
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