Mercredi 5 mars 2008


Extrait du "PÊCHEUR ET LA PRINCESSE" de MINH TRAN HUY
(Actes Sud)


Il était une fois....
il y a très longtemps, la fille d'un grand mandarin. Dotée de toutes les grâces, elle avait reçu le nom de My Nuong qui signifie "Belle enfant".
Comme toutes les jeunes filles de sa condition, elle viviat recluse dans le gynécée, situé dans une haute tour du palais.... Le plus souvent elle se tenait près de la fenêtre, occupée à broder ou à lire des ouvrages de poésie. Parfois elle s'arrêtait pour regarder la rivière qu coulait plus bas et rêvait de voyages et de rencontre en suivant son cours argenté.
De temps en temps une petite barque de pêcheur glissait sur l'eau calme. L'homme, nommé Thuong était très pauvre. Il chantait souvent. De loin My Nuong ne voyait pas son visage... Mais elle entendait sa voix, qui s'élevait depuis les rives jusqu'à elle. .. La voix était belle et les paroles mélancoliques. C'était le seul contact de la jeune fille avec le monde extérieur, qu'elle n'avait jamais connu qu'en soulevant  le rideau de son palanquin, chaque fois qu'elle obtenait l'autorisation de sortir, escortées des meilleurs gardes du Mandarin.
Un jour cependant le pêcheur ne vint pas sur la rivière. My Nuong se surprit à l'attendre jusqu'au soir. Pendant des jours, elle guetta en vain son retour. Jusqu'à perdre le sommeil et l'appétît. Appelés en hâte les médecins se révélèrent incapables  de déterminer les causes du mal qui s'était emparé d'elle et les parents commençaient à désespérer, quand la jeune fille guérit soudain, le pêcheur revenu de voyage, chantait de nouveau sur son bateau..

Instruit par une servante de l'attachement de sa fille pour ce chant, le mandarin convoqua l'homme et le mit en présence de sa fille. Au premier regard, celle-ci mit fin aux vagues songeries qu'avaient suscitées la chanson. Thuong, sale, en guenilles, n'avait rien du prince charmant qu'elle avait rêvé d'aimer. Elle l'oublia et retrouva sa tranquillité d'esprit.
Cependant le pauvre pêcheur lui, reçu le coup fatal en voyant My Nuong. Il retourna à sa la rivière, mais le temps passant ne parvint à oublier ni la beauté, ni le dédain de la demoiselle.
Connsumé par un amour sans espoir, il dépérit en silence et s'éteignit en emportant son secret.
Des années plus tard, la famille du pêcheur exhuma ses restes pour les transportr à la sépulture définitive. Elle ne trouva dans le cercueil qu'une étrange roche translucide, qu'elle fixa à la barque en guise d'ornement. Un artisan qui passait remarqua cette pierre insolite et l'acheta. Il y sculpta une tasse d'une exquise finesse.
Le mandarin fit l'acquisition de l'objet, car il avait eu vent du grand prodige. Chaque fois qu'on y versait du thé, on y voyait l'image du pêcheur faire le tour de sa tasse en chantant :
"Puisque nos coeurs sur cette terre
Ne peuvent se rencontrer
Puissent nos âmes dans l'autre vie
Se retrouver unies à jamais."

Un jour d'automne, My Nuong versa un peu de thé dans la tasse. L'image du pêcheur apparut. Ils se regardèrent. la jeune fille se souvint. Elle pleura
Une larme tomba dans la  tasse, qui fondit aussitôt."


par juliette b. publié dans : LIVRES
Dimanche 24 février 2008


"LA PRINCESSE ET LE PÊCHEUR"
(Acte Sud)


""A quelques mêtres de nous un blanc tapis d'anémones m'a évoqué des vers d'Apollinaire découverts quelques heures plus tôt en parcourant Alcools....

"L'anémone et l'ancolie
Ont poussé dans le jardin
Ou dort la mélancolie
Entre l'amour et le dédain

Il y passe aussi nos ombres
Que la nuit dissipera
Le soleil qui les rend sombres
Avec elles disparaîtra"

Ces quatrains m'avaient plu. Ils disaient une humeur triste et tranquille qui m'était familière""

par juliette b. publié dans : LIVRES
Dimanche 13 janvier 2008



Tout a débuté il y a quelques mois.
Je venais de vivre un chagrin d'amour dont il vaut mieux ne pas parler.
À ma souffrance s'ajoutait la honte de la souffrance. Pour m'interdire une telle douleur, je m'arrachais le coeur. L'opération fut facile mais peu efficace.
Le siège de ma peine restait, qui logeait partout, sous et sur ma peau, dans mes yeux et dans mes oreilles. Mes sens étaient mes ennemis qui ne cessaient de me rappeler cette stupide histoire.
Je décidais alors de tuer mes sensations. Il me suffit de trouver le commutateur intérieur et de basculer dans le monde du ni-chaud, ni-froid.
Ce fut un suicide sensoriel, le commencemant d'une nouvelle existence.
Dés lors, je n'eus plus mal nulle part, je n'eus plus rien, la chappe de plomb qui bloquait ma respiration disparut, le reste aussi.
J'habitais une sorte de néant
Passé le soulagement, je me mis à m'ennuyer...

Amélie Nothomb
par juliette b. publié dans : LIVRES
Lundi 22 octobre 2007
EXTRAIT :

« Je ne peux plus jouer l’attente patiente , et la construction minutieuse d’une amitié que l’on sait en partance, je n’ai plus cette croyance pour moi.
Je suis debout, incapable de me coucher et dans le désir pourtant de me reposer, mais qu’y puis-je si la mort est pour moi mon seul ennemi, la seule chose véritable contre laquelle je me dresse, malgré moi, malgré le dire des gens, leurs lois certaines et leurs certitudes profondes »

Lorette Nobécourt
LA CONVERSATION (GRASSET)


par juliette b. publié dans : LIVRES
Mardi 24 juillet 2007




Voici une très belle phrase de Merleau-Ponty, recueillie dans un petit livre, très riche de pensées :
 L'OEIL ET L'ESPRIT

"Essence et Existence, imaginaire et réel, visible et invisible, la peinture brouille toutes nos catégories en déployant son univers onirique d'essences charnelles, de ressemblances efficaces et de significations muettes"


par juliette b. publié dans : LIVRES

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